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Quand l’émotion nourrit les infox

Placée au cœur des stratégies de manipulation, l’émotion explique pourquoi les fausses informations se propagent si vite dès qu’un événement majeur survient. Qu’elle prenne la forme de la peur, de la colère ou de l’empathie, elle contourne notre analyse rationnelle pour pousser au partage immédiat sur les réseaux sociaux.

Le piège de l’émotion, pourquoi partageons-nous si vite ?

Lorsqu’un événement marquant survient, notre premier réflexe n’est pas toujours critique, mais émotionnel. Les créateurs d’infox le savent et conçoivent des contenus spécifiquement destinés à susciter des réactions viscérales. La peur pousse par exemple à relayer en urgence des contenus alarmistes sous prétexte de « prévenir » ses proches. La colère suscite une indignation immédiate qui incite à partager des jugements hâtifs sans prendre le temps de vérifier. Quant à l’empathie, elle touche directement notre sensibilité humaine, nous poussant à soutenir aveuglément des récits poignants.

Sous le coup de ces émotions intenses, notre discernement diminue naturellement. La volonté de diffuser rapidement une information qui nous choque ou nous touche l’emporte alors sur le réflexe fondamental de vérifier la fiabilité de la source. La guerre en Ukraine et le conflit dans le Grand Lacs, deux études de cas, nous édifient plus.

Le bombardement de la maternité de Marioupol

La guerre en Ukraine offre des illustrations poignantes de cette bataille de la perception. Lors du bombardement tragique de la maternité de Marioupol, alors que les images de femmes enceintes évacuées suscitaient une émotion mondiale légitime, une vaste campagne de désinformation s’est orchestrée en parallèle.

Des discours révisionnistes ont prétendu que la scène était totalement mise en scène par des actrices, ou encore que le bâtiment abritait une base militaire pour légitimer la frappe. L’objectif d’une telle manipulation est double : distiller le doute au sein de l’opinion publique et semer la confusion générale pour faire oublier la réalité des faits.

La fausse capture de combattants dans l’est de la RDC

Le continent africain est lui aussi en première ligne face à ces guerres de l’information. Dans l’est de la République démocratique du Congo, où les combats font rage entre l’armée congolaise et le groupe AFC/M23, une vidéo virale a prétendu montrer l’arrestation massive de rebelles désarmés présentés aux côtés de leur butin de guerre. En réalité, une recherche par image inversée révèle que la séquence a été filmée en Éthiopie, à plus de 1 500 kilomètres du conflit congolais, lors d’une opération diffusée à l’origine par l’Armée de libération oromo. Cet exemple démontre comment des images réelles mais complètement décontextualisées sont instrumentalisées pour alimenter la propagande militaire et susciter une fausse euphorie sur les réseaux sociaux.

Comment résister aux infox en temps de crise ?

Pour ne pas devenir, malgré soi, un maillon de la chaîne de désinformation, plusieurs réflexes essentiels s’imposent dans notre quotidien informatique. Face à un contenu qui provoque une vive émotion comme la colère, la peur ou la tristesse, il convient d’abord d’appliquer la règle de la pause en attendant que l’impact émotionnel retombe avant de partager.

Il est ensuite primordial de vérifier systématiquement l’origine de ce que l’on lit en identifiant l’auteur et la source pour distinguer un média reconnu ou un expert d’un compte anonyme cherchant le buzz. Ce travail d’analyse s’accompagne d’un recoupement rigoureux de l’information auprès d’autres sources fiables et de l’inspection des détails visuels (arrière-plans, flous, retouches) afin de détecter les images sorties de leur contexte.

Un acte citoyen responsable

Partager une information est un acte de responsabilité individuelle. En apprenant à dompter nos impulsions émotionnelles et en développant un esprit critique au quotidien, nous contribuons à assainir l’espace public et à protéger le droit de chacun à une information juste et vérifiée.

 

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